La mezzanine
Dernières lectures , Littérature / février 21, 2021

Nicholson Baker. La mezzanine, Paris : Robert Laffont, 201 (1e éd. 1990), 245 p. (Pavillons Poche) A l’instant même où je donnais subitement sur plus de ciel bleu que de camion vert, je me rappelai que quand j’étais petit, je m’étais beaucoup intéressé au fait que n’importe quel objet, pour grossier, rouillé, sale ou discrédité qu’il fût, prenait fière allure si on le disposait sur un tissu blanc, ou sur un quelconque support propre. Cette pensée m’apparut simplement précédée des mots « quand j’étais petit », et de l’image d’une certaine cheville rouillée provenant d’un rail de chemin de fer que j’avais trouvée et disposée sur le sol de ciment du garage, soigneusement balayé. (La poussière de garage pénètre dans les imperfections du ciment, quand on la balaie, et forme un revêtement lisse et doux.) Cette astuce du support propre, que j’avais découverte vers l’âge de huit ans, ne s’appliquait pas uniquement à mes possessions personnelles, comme cet ensemble de brachiopodes fossilisés que j’avais installé sur un carton de chemise blanc, mais aussi aux objets de musée : si les conservateurs disposent géodes, paires de lunettes des Premiers Américains et décrottoirs de bottes dans un écrin de velours noir ou gris, c’est…

Il était une ville
Dernières lectures , Littérature / février 2, 2021

Thomas B. Reverdy Il était une ville, Paris : Flammarion, 2015, 270 p. Il aurait fallu crier pour s’entendre mais la peur, l’excitation, la fascination pour le feu, la stupéfaction devant ses ravages, l’inquiétude, ce mélange de jubilation et d’angoisse qu’on appelle l’inquiétude, d’être les auteurs en quelque sorte d’un événement trop grand pour eux, tout cela leur fermait la bouche et le coeur. Et quoi crier, quand on ne sait même pas bien ce que l’on ressent au juste, si ce n’est un frisson d’effroi qui n’a pas de nom. Jouissance du mal, plaisir coupable, ce ne sont pas des sentiments de gosses. Mais peur sans doute, peur, non pas du péché dont ils étaient innocents, mais que ce soit si facile. Que personne n’ait pu l’arrêter. p. 31 Il y a plein de raisons d’en vouloir à son employeur, si ce n’est à son entreprise.On peut se lasser, tout simplement. On dit « j’en ai fait le tour », comme si le travail n’était qu’un truc de hamster. C’est nous qui en avons fait notre cage, peut-être, mais on ne s’y supporte plus.On peut ne pas s’entendre avec les collègues. Ou alors ce sont eux, avec nous. On est asocial,…

Une histoire populaire du football
Dernières lectures , Essais , Histoire / janvier 24, 2021

Mickaël Corréia. Une histoire populaire du football, Paris : La Découverte, 2018, 408 p. L’ouvrage retrace une sorte d’histoire parallèle du football, nous emmenant aux différents temps et lieux où le football s’est fait terrain de luttes : sociales, coloniales, politiques, etc. On y retrouve, en vrac et sans exhaustivité : les premiers temps du football féminin au début du XXe siècle, avec notamment l’exemple des « Munitionnettes » en Angleterre. Durant la Première Guerre Mondiale, les hommes occupés au front, les femmes – en Angleterre comme ailleurs en Europe – sont mobilisées comme ouvrières dans les usines d’armement, sortant du rôle de mère au foyer que leur assignait la société victorienne. Pour relâcher la pression de conditions de travail éreintantes, le patronat favorise l’activité physique des ouvrières, à rebours des prétextes hygiénistes mobilisés jusque là pour leur en interdire la pratique. Des équipes féminines se forment, certaines de très bon niveau et accédant à une grande popularité, comme les Dick, Kerr Ladies de Preston. Le retour de bâton se fera ressentir dès le milieu des années 1920, le foot étant jugé bien peu convenable par la bonne société anglaise, et bien peu adaptée au rôle de femme au foyer et de…

Les gars du coin
Dernières lectures , Essais , Sociologie / décembre 22, 2020

Nicolas RENAHY. Les gars du coin : enquête sur une jeunesse rurale, Paris : La Découverte, 2005, 284 p. (Textes à l’appui) Livre issu d’une enquête de terrain de plus de dix ans mené dans une commune rurale de Bourgogne. Enquête participative auprès d’un groupe d’amis et de leurs proches. Nicolas RENAHY étudie les perspectives de la jeunesse rurale dans un contexte de recomposition économique, de désindustrialisation, de marginalisation progressive de la classe ouvrière. La commune de Foulange (nom fictif) fut le site d’implantation d’une grande entreprise industrielle qui employait – dans un système paternaliste – les gens de la commune, de génération en génération. Ce paternalisme « fixait » les populations sur place et constituait un horizon de stabilité qui permettait aux familles de se projeter. Constitution aussi d’une culture ouvrière marquée par des lieux de socialisation (le club de football), une organisation de la cellule familiale marquée par la prédominance du modèle de la femme au foyer et de l’homme au travail (ouvrier). Fermeture de l’usine en 1981 et création de deux nouvelles industries quasiment dans la foulée : une entreprise de fonderie employant essentiellement une main-d’œuvre masculine et une entreprise de câblerie employant essentiellement une main-d’œuvre féminine. Ces deux…

Sociologie de la police
Dernières lectures , Essais , Sociologie / septembre 27, 2020

Fabien Jobard et Jacques de Maillard. Sociologie de la police : politiques, organisations, réformes, Paris : Armand Colin, 298 p. (Collection U) Ce manuel, destiné plutôt aux cycles M et D, propose une sociologie et une science politique de la police. L’ouvrage dépasse le seul cadre français et offre une approche comparative riche et passionnante. Genèse et formation des institutions policières : les auteurs rappellent que la police est une institution neuve, qui n’a trouvé son cadre étatique qu’au XIXe siècle et dont institutionnalisation remonte en général au XVIIe siècle, avec la mise en place d’institutions policières municipales (Paris, Namur…). Rappel de l’opposition idéologique entre conception française de la police (secrète, au service de l’État) et la conception anglaise (police émanant du corps social pour assurer la tranquillité publique) : Robert Peel, le fondateur de la police de Londres, s’est d’ailleurs largement servi du modèle français comme épouvantail. L’auteur souligne une forme de paradoxe dans l’institutionnalisation des polices. Plutôt que d’être émanation de l’État central, elles ont généralement procédé des municipalités et d’une demande et d’un assentiment des élites urbaines. L’institution de la police est fortement liée à l’urbanisation. Par ailleurs, souligne aussi la forte circulation des modèles policiers au…