L’Afrique ancienne : de l’Acacus au Zimbabwe
Dernières lectures , Essais , Histoire / février 9, 2020

François-Xavier Fauvelle, L’Afrique ancienne : de l’Acacus au Zimbabwe : 20000 avant notre ère-XVIIe siècle, Belin : Paris, 2018, 678 p. (Mondes anciens) Cette somme dirigée par François-Xavier Fauvelle vise à retracer l’histoire multiforme du continent africain avant les conquêtes coloniales et son entrée dans le nouvel ordre mondial né des « grandes découvertes européennes ». L’ouvrage explore toute la diversité des civilisations africaines depuis la Préhistoire jusqu’à l’époque moderne, entre royaumes conquérants et cités marchandes, communautés de pêcheurs ou de chasseurs-cueilleurs et éleveurs nomades, populations musulmanes et chrétiennes. L’ouvrage montre surtout à quel point l’histoire de l’Afrique, de par la rareté des sources écrites, nécessite de s’appuyer sur les ressources de l’archéologie, de la génétique et la linguistique pour « faire de toute trace une source d’histoire » comme l’indique la 4e de couverture. Ce livre s’appuie sur une très riche iconographie démontrant la richesse architecturale, technique et artistique des différentes civilisations ayant peuplé l’Afrique depuis 20000 ans. Sur la multitude de faits et de connaissances exposés dans ce livre, quelques-uns – dont certains peut-etre éminemment anecdotiques : la longue réticence à envisager l’histoire de l’Égypte comme partie intégrante de l’histoire de l’Afrique. L’Égypte ancienne est ainsi très souvent rattachée au Proche-Orient alors…

La possession de Loudun
Essais , Histoire / juin 5, 2018

La possession de Loudun. Michel de CERTEAU, Paris : Julliard, 1970 1632 : la ville de Loudun est durement éprouvée par la peste qui conduit chacun à s’enfermer chez soi, les nobles à se retirer dans leurs propriétés à la campagne et les communautés religieuses à se replier encore sur leur quant-à-soi. L’épidémie se replie à peine que plusieurs cas de possession agitent la communauté des Ursulines. C’est le début d’un épisode de « démonomanie » qui va s’emparer de cette petite ville de province et concerner jusqu’au Roi pendant 5 ans. Certeau se livre à une autopsie méticuleuse du déroulé des événements dont chaque élément traduit quelque chose des représentations de l’époque et des luttes de pouvoir qui se jouent aux échelles locales et nationales, religieuses et politiques. Parmi les faits saillants : l’importance du langage, l’importance des langues : comment parle le démon à travers les possédées, comment parlent exorcistes et médecins (en latin ou en français) qui se succèdent au chevet des religieuses ; la dimension politique que prend l’affaire, Loudun étant une ville fortement marquée par l’influence huguenote, il devient important pour Richelieu de circonscrire très vite une éventuelle agitation. Richelieu envoie alors un commissaire, Laubardemont, à charge…

Nazisme, science et médecine
Essais , Histoire , Sciences / juin 25, 2017

Nazisme, science et médecine. Christian BONAH et alii (dir.), Paris : Glyphe, 2006, 365 p. Ce livre rassemble plusieurs études visant à saisir comment la médecine a pu être saisie par le nazisme. 3 grands domaines de recherche sur le rôle et la place de la médecine dans le national-socialisme : les migrations forcées des médecins juifs ou opposants empêchés d’exercer par le régime la politique de santé publique nazie (hygiénisme, eugénisme…) les expérimentations humaines Importante valorisation de la santé et de la performance du corps au service de la nation. Assimilation de la santé du corps de l’individu avec la santé du corps social. Le régime craint donc tout ce qui est sensé affaiblir ou menacer la santé du corps social et la « perfection » de la race. Ces valeurs se retrouvent donc en arrière-plan de toute activité médicale sous le régime nazi. La politique sociale et sanitaire vise à favoriser celles et ceux à même de participer à l’amélioration du bien-être du corps social, et à écarter voire éliminer ceux qu’on juge nuisibles. L’ouvrage revient sur les différents types d’expérimentations médicales menées sur des humains par le régime nazi : recherche en génétique : reçoit des moyens importants dès…

Marianne et les colonies
Essais , Histoire / mai 24, 2017

Marianne et les colonies. Gilles MANCERON. Paris : La Découverte, 2005, 317 p. La première colonisation française remonte à la monarchie absolue. XVIIe-XVIIIe s. : colonisation française peu développée en Afrique à part quelques comptoirs côtiers. La colonisation se situe en Amérique, dans les Caraïbes ou dans l’océan Indien (Maurice, Réunion). Depuis Colbert, les colonies dépendent du ministère de la Marine ; l’absolutisme y est encore plus prégnant qu’en métropole (ex : St-Domingue est interdit aux Juifs et aux protestants). L’esclavage est encouragé par la monarchie pour développer l’exploitation du sucre dans les Antilles. Colbert impulse l’esclavage et la traite via la création de compagnies d’Etat et les primes à la traite pour les marchands (ordonnance royale de 1672 : versement d’une prime de 13 livres pour « tout nègre importé aux colonies». Le commerce triangulaire permettait aux marchands de décrocher des profits hors normes, variant de 300 à 2000%. L’exploitation du sucre représentait une source de revenus très importante pour la monarchie. St-Domingue = fleuron des colonies. En 1789, environ 500 000 habitants dont 90% d’esclaves. 20% du commerce extérieur français en valeur à la même époque. + de décès que de naissances : déséquilibre démographique sciemment entretenu avec…

La République coloniale
Essais , Histoire / avril 5, 2017

La République coloniale. Nicolas BANCEL, Pascal BLANCHARD, Françoise VERGES. Paris : Hachette Littérature, 2006, 174 p. (Pluriel) Cet essai entend mettre en évidence comment le projet colonial français a bel et bien été partie intégrante du projet républicain et s’attache à examiner comment a pu se développer cet incroyable paradoxe entre d’une part une République affirmant l’universalisme de ses valeurs (liberté, égalité, auto-détermination des peuples) tout en menant d’autre part une politique expansionniste fondée sur la discrimination, l’exploitation et la répression. Au nom de l’universalisme de ses valeurs, la France est allée asservir des peuples entiers pour les libérer malgré eux s’il le fallait, leur apporter les bienfaits de la civilisation occidentale (forcément supérieure) qu’ils l’aient ou non voulu. Toute rébellion de l’indigène est alors forcément perçue comme marque d’ingratitude devant être sévèrement réprimée. Les auteurs soulignent par exemple comment la libération des femmes des pays colonisés a pu servir de prétexte pour justifier la mise sous tutelle de populations entières, la République se posant en défenseure des droits des femmes (sans leur reconnaître le droit de vote sur son propre sol) contre la brutalité largement dénoncée des mœurs indigènes. L’ouvrage expose son propos de façon limpide et sans manichéisme….

Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot : sur les traces d’un inconnu, 1798-1876
Essais , Histoire / mars 8, 2017

Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot : sur les traces d’un inconnu, 1798-1876. Alain CORBIN, Paris : Flammarion, 1998, 343 p. Alain Corbin entreprend ici de retracer la biographie d’un inconnu, d’un anonyme : Louis-François Pinagot, sabotier analphabète ayant vécu au XIXe siècle à la lisière de la forêt dans la commune d’Origny-le-Butin, dans l’Orne, au cœur du Perche. Corbin entend ainsi « recomposer un puzzle à partir d’éléments initialement dispersés ; et ce faisant, d’écrire sur les engloutis, les effacés, sans pour autant prétendre porter témoignage ». L’intérêt réside justement dans cette façon de recueillir les traces minimes qu’aurait pu laisser Pinagot, dans les archives de sa commune, les documents militaires ou les archives d’état civil. Face au vide laissé par cet anonyme, Corbin procède en essayant de cerner, de recomposer ce que pouvait être l’environnement immédiat de Pinagot. Il s’attarde ainsi sur la géographie et la topographie des endroits qu’il fréquentait, les paysages de cette campagne normande, les évolutions au fil du siècle de cette forêt bellêmoise qu’il n’a pas pu ne pas observer. Dans la lignée de ses travaux sur les paysages sonore et olfactif des hommes du passé, Corbin essaie de retracer ce que Pinagot pouvait entendre au…