Sociologie de la police
Dernières lectures , Essais , Sociologie / septembre 27, 2020

Fabien Jobard et Jacques de Maillard. Sociologie de la police : politiques, organisations, réformes, Paris : Armand Colin, 298 p. (Collection U) Ce manuel, destiné plutôt aux cycles M et D, propose une sociologie et une science politique de la police. L’ouvrage dépasse le seul cadre français et offre une approche comparative riche et passionnante. Genèse et formation des institutions policières : les auteurs rappellent que la police est une institution neuve, qui n’a trouvé son cadre étatique qu’au XIXe siècle et dont institutionnalisation remonte en général au XVIIe siècle, avec la mise en place d’institutions policières municipales (Paris, Namur…). Rappel de l’opposition idéologique entre conception française de la police (secrète, au service de l’État) et la conception anglaise (police émanant du corps social pour assurer la tranquillité publique) : Robert Peel, le fondateur de la police de Londres, s’est d’ailleurs largement servi du modèle français comme épouvantail. L’auteur souligne une forme de paradoxe dans l’institutionnalisation des polices. Plutôt que d’être émanation de l’État central, elles ont généralement procédé des municipalités et d’une demande et d’un assentiment des élites urbaines. L’institution de la police est fortement liée à l’urbanisation. Par ailleurs, souligne aussi la forte circulation des modèles policiers au…

Outsiders
Dernières lectures , Essais , Sociologie / août 24, 2020

Howard S. Becker. Outsiders : études de sociologie de la déviance, Paris : Métailié, 1985, 248 p. Ouvrage fondateur renouvelant l’approche de la sociologie de la délinquance et de la déviance en général. Howard S. Becker se situe dans une approche interactionniste, en ce qu’il étudie les interactions entre les individus. Becker étudie par observation participante le milieu des musiciens de jazz et des consommateurs de marijuana. Le comportement déviant ne résulte pas selon lui de facteurs sociaux influant sur les individus mais exige aussi un processus d’étiquetage par la société du comportement déviant. Pour qu’il y ait déviance, il faut que l’acte ait été défini comme déviant par une société. Becker s’intéresse au rôle des « entrepreneurs de morale », à savoir les groupes de pression qui cherchent à faire reconnaître des comportements comme déviants à un moment donné. Tout comportement déviant résulte donc de l’action de ces entrepreneurs de morale qui vont peser pour que le(s) comportement(s) qu’ils ou elles ciblent soi(en)t reconnu(s) comme déviant(s) par les normes législatives ou morales. Pour être reconnu comme « déviant », un acte doit avoir été étiqueté comme tel à l’occasion d’une interaction sociale. Becker insiste aussi sur la notion de carrière déviante. Le délinquant…

La France des Belhoumi
Essais , Sociologie / novembre 11, 2019

Stéphane Beaud, La France des Belhoumi : portraits de famille (1977-2017), Paris : la Découverte, 2018, 352 p. Comme j’ai oublié de prendre des notes sur l’ouvrage, je laisserai le résumé de quatrième de couverture qui synthétise mieux que je ne le ferai le contenu de l’ouvrage et la nature du projet de Stéphane Beaud. Le livre est passionnant. L’enquête de Stéphane Beaud retrace le destin de huit enfants (cinq filles, trois garçons) d’une famille algérienne installée en France depuis 1977, dans un quartier HLM d’une petite ville de province. Le récit de leurs parcours – scolaires, professionnels, matrimoniaux, résidentiels, etc. – met au jour une trajectoire d’ascension sociale (accès aux classes moyennes). En suivant le fil de ces histoires de vie, le lecteur découvre le rôle majeur de la transmission des savoirs par l’école en milieu populaire et l’importance du diplôme. Mais aussi le poids du genre, car ce sont les deux soeurs aînées qui redistribuent les ressources accumulées au profit des cadets : informations sur l’école, ficelles qui mènent à l’emploi, accès à la culture, soutien moral, capital professionnel. Cette biographie à plusieurs voix (…) montre différents processus d’intégration en train de se faire. Elle pointe aussi les…

La culture des individus
Essais , Sociologie / janvier 28, 2018

La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi. Bernard LAHIRE, Paris : La Découverte, 2006, 778 p. Dans cette somme – que je recommande fortement – rassemblant des dizaines d’entretiens, Bernard LAHIRE s’attache à déconstruire la vision souvent trop simpliste des inégalités culturelles entre groupes sociaux. Il entend démontrer que le tableau visant à présenter les groupes sociaux comme porteurs de pratiques culturelles homogènes : en haut de l’échelle, pratiquant une « culture légitime » ou « haute culture » les classes dominantes cultivées, et en bas de l’échelle, des classes défavorisées tenues à distance de la culture légitime. En fait, la frontière entre « haute culture » et « culture populaire » ou « peu légitime » traverse les individus eux-mêmes, dont l’immense majorité associe des pratiques culturelles légitimes et peu légitimes. Les profils culturels homogènes (ou consonants) s’avèrent en fait assez nettement minoritaires, et la plupart des individus adopte des pratiques culturelles variées, à l’exemple parlant du philosophe Wittgenstein qui était un grand amateur de westerns. Si Lahire ne nie pas que le capital culturel des individus est un facteur de domination des classes favorisées sur les classes populaires, il démontre que les individus sont eux-mêmes le champ de luttes de classement, entre haute et basse…