Une histoire populaire du football

janvier 24, 2021

Mickaël Corréia. Une histoire populaire du football, Paris : La Découverte, 2018, 408 p.

L’ouvrage retrace une sorte d’histoire parallèle du football, nous emmenant aux différents temps et lieux où le football s’est fait terrain de luttes : sociales, coloniales, politiques, etc.

On y retrouve, en vrac et sans exhaustivité :

  • les premiers temps du football féminin au début du XXe siècle, avec notamment l’exemple des « Munitionnettes » en Angleterre. Durant la Première Guerre Mondiale, les hommes occupés au front, les femmes – en Angleterre comme ailleurs en Europe – sont mobilisées comme ouvrières dans les usines d’armement, sortant du rôle de mère au foyer que leur assignait la société victorienne. Pour relâcher la pression de conditions de travail éreintantes, le patronat favorise l’activité physique des ouvrières, à rebours des prétextes hygiénistes mobilisés jusque là pour leur en interdire la pratique. Des équipes féminines se forment, certaines de très bon niveau et accédant à une grande popularité, comme les Dick, Kerr Ladies de Preston. Le retour de bâton se fera ressentir dès le milieu des années 1920, le foot étant jugé bien peu convenable par la bonne société anglaise, et bien peu adaptée au rôle de femme au foyer et de mère.
  • l’ouvrage revient sur les débuts tumultueux du football, héritier de la soule, qui donnait lieu à des parties endiablées dans les campagnes (en France notamment) et qui ne manquait pas de provoquer une agitation mal vue par les classes dirigeantes. En Angleterre, la pratique du football est peu à peu récupérée par les élites sportives dans les grandes écoles et universités, qui cherchent à valoriser une pratique où prime l’amateurisme, le fair-play et la bienséance. Face à cette pratique régie par les fédérations, le football se démocratise en milieu populaire, chez les ouvriers anglais comme dans les cités populaires françaises. Les clubs des villes populaires commencent à développer un football teinté de professionnalisme, les ouvriers les plus doués pour le jeu souhaitant se faire rémunérer ou du moins, être favorisés pour trouver un bon emploi dans les usines. Le développement international du football se fera aussi bien via la haute bourgeoisie coloniale ou commerçante britannique que par la culture ouvrière qui gagne les cités portuaires, les villes industrielles, etc. Le foot se répand sur la planète via les marins et militaires anglais.
  • le football comme instrument de résistance face aux machines totalitaires : en URSS, avec les matches agités opposant par exemple le Dynamo Moscou – club du Ministère de l’Intérieur – , le CSKA – club de l’Armée Rouge – et le Spartak, club ouvrier mené par les frères Starostine, qui s’affirme comme le club du « peuple ». Soutenir le Spartak face aux deux clubs rivaux constituaient une petite forme de résistance, une façon de s’opposer au poids du totalitarisme communiste. La popularité du Spartak et des frères Starostine leur vaudra d’être envoyés au Goulag par Béria en 1942.
  • l’exemple de l’Autriche de Matthias Sindelar, surnommé le « Mozart du football ». Au moment de l’Anschluss, l’équipe nationale d’Autriche, une des meilleures du monde à l’époque, devait être absorbée par l’équipe nationale allemande. Un match amical devait être organisé entre l’Allemagne et l’Autriche pour célébrer cette réunification, le match devant se terminer par un match nul sans but. Les Autrichiens dominent les Allemands de la tête et des épaules mais s’efforcent de ne pas marquer chaque fois qu’ils approchent du but. Lassé de cette mascarade, Sindelar marque et l’Autriche s’impose. Sindelar sera ensuite poursuivi et sera retrouvé mort asphyxié dans son appartement, l’enquête concluant à un suicide.
  • l’exemple de la démocratie corinthiane : sous la dictature militaire brésilienne au tournant des décennies 1970-1980, le club de football de Corinthians à São Paulo met en place un fonctionnement de démocratie intégrale, sous la houlette de son président nouvellement élu, un jeune sociologue impliqué dans les mouvements d’opposition du début des années 1970. Toutes les décisions sont prises après un vote, chaque membre du club ayant droit à une voix, du jardinier aux joueurs. Les joueurs élisent leur entraîneur, décident de leur programme d’entraînement, de la tactique de jeu, etc. Le club, mené par des joueurs brillants comme Socratès, devient plusieurs fois champion et n’hésite pas à s’investir politiquement, rentrant sur le terrain en faisant passer à chaque fois un message d’opposition au pouvoir en place.
  • l’équipe du FLN : comment le FLN a mobilisé les joueurs algériens évoluant en France, certains internationaux pour monter une équipe nationale indépendante.
  • l’art du dribble comme art de résistance, inventé par les populations brésiliennes face au kick-and-rush et au jeu standardisé des Britanniques : faire valoir l’astuce, l’improvisation, la dextérité acquise sur les terrains de fortune où se joue le football de rue.
  • Mai 1968 ou « le football aux footballeurs » : retour sur l’occupation potache des locaux de la Fédération française de football par une équipe menée par les journaliste de Miroir du football en 1968, portant aussi la dénonciation des contrats des footballeurs professionnels, les liant jusqu’à leur 35 ans à leur club sans pouvoir se libérer de leurs contrats.
  • la figure de Maradona, enfant du peuple portant les espoirs et la malice de la rue face aux puissants.
  • le rôle des ultras dans le Printemps arabe et dans les manifestations de la place Taksim à Istanbul.
  • une histoire du mouvement ultra, depuis sa naissance en Italie et sa volonté de lutter contre le football-business et de revendiquer de peser dans la gestion et le fonctionnement des clubs.
  • les clubs coopératives en Angleterre, clubs dont les fans prennent le contrôle, pour tout ou partie. Exemple aussi des clubs dissidents comme à Manchester pour dénoncer l’augmentation exorbitante du prix des places au stade depuis la création de la Premier League et, à Manchester, depuis la prise de contrôle du club de United par la famille Glazer.
  • hooliganisme et sous-cultures des tribunes anglaises, entre le début des années 1970 et fin des années 1980, entre violence et contestation sociale.
  • le football de rue partout dans le monde, de Lagos à Rio en passant par la Seine-Saint-Denis.
  • la lente ascension vers la reconnaissance du football féminin, face au sexisme des institutions.

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